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Une ordonnance établie dans un autre État de l'UE est-elle valable au Luxembourg ?

Une ordonnance rédigée par un médecin exerçant dans un autre État membre de l'Union européenne n'est pas, par principe, un papier sans valeur au Luxembourg. Le droit européen part de l'idée que le pays où le document est rédigé et celui où le patient se présente à la pharmacie ne sont pas forcément les mêmes. Encore faut-il que le document porte les mentions prévues par l'annexe de la directive d'exécution 2012/52/UE, et que le médicament ne relève pas des catégories exclues de cette voie. Cette page détaille ces mentions, explique pourquoi le médicament y est désigné par le nom de sa substance active, et dit clairement ce qui reste à la décision du pharmacien.

Ce que prévoit le droit européen

La directive 2011/24/UE, consacrée aux droits des patients dans les soins de santé transfrontaliers, pose la reconnaissance des ordonnances individuelles rédigées dans un autre État membre. L'idée de départ est simple : un patient qui reçoit une ordonnance dans un pays de l'Union doit pouvoir se présenter avec elle dans un autre, dès lors que le médicament y est autorisé et que l'ordonnance est établie pour un patient nommément désigné.

Cette reconnaissance n'est pas absolue. La même directive admet deux catégories de limites : celles qui restent nécessaires et proportionnées pour protéger la santé des personnes, et celles qui reposent sur des doutes légitimes et justifiés quant à l'authenticité, au contenu ou à la lisibilité de l'ordonnance présentée. Ce qui n'est pas admis, en revanche, c'est un refus fondé sur le seul motif que le document vient d'un autre État membre.

Il faut lire cette reconnaissance pour ce qu'elle est. Elle signifie l'absence de refus automatique lié au pays d'émission. Elle ne suspend pas les règles nationales qui encadrent la délivrance des médicaments au Luxembourg, et elle ne dit rien de la prise en charge financière. Ce sont trois questions distinctes, que les patients confondent souvent en une seule.

Les mentions exigées par l'annexe de la directive 2012/52/UE

La directive d'exécution 2012/52/UE ajoute à ce cadre la partie pratique. Son annexe énumère, sous forme de liste non exhaustive, les éléments que l'ordonnance devrait contenir pour qu'un professionnel de santé d'un autre pays puisse simplement la lire et la vérifier. Le but n'est pas le formalisme administratif : un pharmacien à Luxembourg-ville ou à Esch ne connaît pas les formulaires de vingt-sept pays et doit trouver sur le document de quoi identifier le patient, le prescripteur et le médicament.

Les éléments se répartissent en quatre groupes.

Identification du patient : le nom de famille et le prénom, écrits en entier et non abrégés, ainsi que la date de naissance.

Authentification de l'ordonnance : la date d'établissement.

Identification du prescripteur : le nom de famille et le prénom écrits en entier, la qualification professionnelle, les coordonnées permettant un contact direct, c'est-à-dire l'adresse électronique et le numéro de téléphone ou de télécopie avec l'indicatif international, l'adresse du lieu d'exercice avec la mention de l'État membre, et la signature, manuscrite ou numérique selon le support sur lequel l'ordonnance est établie.

Identification du médicament prescrit : la dénomination commune du produit, la forme pharmaceutique par exemple comprimé ou solution, la quantité, le dosage et le schéma posologique.

Cette liste est pensée pour que le pharmacien n'ait pas besoin de rappeler le prescripteur. Lorsqu'une mention manque ou reste illisible, c'est précisément le premier motif pour lequel la délivrance peut s'arrêter au comptoir. Présentez donc le document entier, et non une partie ou une photographie dont un bord est coupé.

Pourquoi le médicament est désigné par le nom de sa substance active

La même substance active est commercialisée sous des noms de marque différents d'un pays à l'autre. La boîte qu'un patient connaît chez lui n'existe souvent pas au Luxembourg, alors que la substance elle-même y est parfaitement courante. C'est pour cette raison que l'annexe retient comme règle la dénomination commune, celle que l'on appelle dénomination commune internationale.

L'annexe prévoit deux exceptions à cette règle. La première concerne les médicaments biologiques, où les produits ne sont pas librement interchangeables, de sorte qu'il importe de savoir lequel a été prescrit. La seconde vise le cas où le prescripteur estime que le nom de marque est médicalement nécessaire ; il doit alors indiquer brièvement le motif sur l'ordonnance.

Pour le patient, la conséquence est très concrète. Au comptoir, ne demandez pas le nom inscrit sur votre ancienne boîte : donnez le nom de la substance active, le dosage et la forme pharmaceutique. Le nom de la substance figure toujours sur la notice jointe à chaque conditionnement, et les informations publiques sur les médicaments autorisés dans l'Union sont accessibles auprès de l'Agence européenne des médicaments.

Ce que le pharmacien vérifie au comptoir

Le pharmacien regarde d'abord si le document se suffit à lui-même : les mentions de l'annexe sont-elles présentes, lisibles, cohérentes entre elles ? Il vérifie ensuite votre identité, car l'ordonnance est établie pour une personne nommément désignée ; munissez-vous d'une pièce d'identité. Il apprécie enfin si le médicament demandé est disponible et si sa délivrance est possible au regard des règles nationales.

La décision lui appartient. Un pharmacien peut refuser de délivrer s'il a un doute légitime sur l'authenticité, le contenu ou la lisibilité du document, et ce pouvoir d'appréciation professionnelle fait partie de son métier. Il ne s'agit pas d'un obstacle dirigé contre les ordonnances venues de l'étranger, mais du même filtre qu'il applique à un document rédigé dans le pays.

En pratique, deux gestes simples augmentent nettement vos chances : apporter le document complet plutôt qu'un extrait, et pouvoir nommer la substance active. Si un pharmacien ne peut pas donner suite, rien ne vous empêche de vous adresser à une autre pharmacie, mais attendez-vous à ce qu'elle procède à la même vérification.

Ce qui reste exclu de cette voie

Toutes les catégories de médicaments ne circulent pas de cette manière. Les stupéfiants et les substances psychotropes sont exclus de la reconnaissance transfrontalière par l'article 11, paragraphe 6, de la directive 2011/24/UE. Une ordonnance venue d'un autre État membre ne permet donc pas d'obtenir ces produits, quelle que soit la qualité du document.

À cette exclusion légale s'ajoute une décision qui nous est propre et que nous préférons énoncer plutôt que de laisser découvrir : nous ne prescrivons pas de benzodiazépines, d'hypnotiques de la classe des Z, d'opioïdes, de stimulants ni de gabapentinoïdes. Ces traitements demandent un suivi rapproché et un examen direct du patient, que le modèle décrit ici ne permet pas.

Les traitements qui se prêtent le mieux à cette voie sont ceux déjà en cours, stabilisés, dont un médecin a posé le diagnostic et fixé le schéma. La question est alors de savoir si la poursuite du traitement est justifiée, et non de découvrir une maladie à distance.

Ce que la reconnaissance ne règle pas : la prise en charge

La reconnaissance d'une ordonnance et le remboursement du médicament sont deux mécanismes séparés. Le premier relève des directives européennes citées plus haut ; le second dépend des règles nationales et des listes applicables au Luxembourg, gérées par la Caisse nationale de santé.

Concrètement, le médicament que vous retirez à la pharmacie reste à votre charge selon les modalités applicables, et nous n'engageons aucune démarche de remboursement auprès de la Caisse nationale de santé, ni pour le médicament, ni pour notre honoraire. Si la question de la prise en charge d'un médicament précis vous importe, posez-la avant l'achat : le pharmacien la connaît pour les produits qu'il délivre, et la Caisse nationale de santé publie ses propres informations.

Il faut également savoir ce que le document n'est pas. Une ordonnance transfrontalière rédigée selon l'annexe de la directive d'exécution 2012/52/UE n'est pas enregistrée dans le système national d'ordonnance électronique et n'apparaît pas dans le Dossier de soins partagé (DSP), qui est alimenté par des médecins autorisés à exercer au Luxembourg. Si vous tenez à ce que votre médecin traitant retrouve la trace du traitement, transmettez-lui vous-même le document.

Comment se situe notre service

Nous mettons à disposition un questionnaire médical. Un médecin le lit et décide si le médicament demandé est justifié ; l'évaluation est asynchrone, il n'y a ni appel vidéo, ni échange téléphonique, ni chat en direct, et il ne s'agit donc pas d'une téléconsultation. Lorsque l'évaluation est favorable, le document est rédigé selon l'annexe de la directive d'exécution 2012/52/UE et vous parvient en format PDF par courriel.

La transparence sur le prescripteur fait partie du dossier. Le médecin est Damian Wojno, autorisé à exercer en Pologne sous le numéro PWZ 3211301. Il n'est pas inscrit auprès du Collège médical luxembourgeois, dont l'inscription conditionne l'exercice de la médecine au Grand-Duché. Il n'exerce donc pas au Luxembourg : il rédige, depuis la Pologne, une ordonnance que le droit européen rend présentable dans un autre État membre. Le prestataire est MEDINOW Sp. z o.o.

L'honoraire rémunère l'évaluation médicale, pas la remise d'un document : si le médecin refuse pour des raisons médicales ou légales, il est remboursé. Si le renouvellement d'un traitement en cours est votre situation, la page /ordonnance-renouvellement/ explique ce qu'un médecin peut apprécier sur la base d'un questionnaire, et /ordonnance-en-ligne/ détaille le déroulement de la demande.

Le pharmacien peut-il refuser une ordonnance venue d'un autre pays de l'Union ?

Oui, mais pas pour n'importe quel motif. Un refus fondé sur le seul fait que le document vient d'un autre État membre n'est pas admis. En revanche, un doute légitime et justifié sur l'authenticité, le contenu ou la lisibilité du document autorise le pharmacien à ne pas donner suite, et il apprécie aussi si la délivrance est possible au regard des règles nationales.

Faut-il faire traduire l'ordonnance ?

L'annexe de la directive d'exécution 2012/52/UE fixe les données qui doivent figurer sur le document précisément pour qu'un professionnel d'un autre pays puisse le lire et le vérifier. Elle ne crée pas pour autant un droit à recevoir le document dans la langue du pays de délivrance. Si le pharmacien ne parvient pas à lire ce qui lui est présenté, il peut invoquer un doute sur la lisibilité, ce qui arrête la délivrance.

Cette ordonnance apparaît-elle dans le Dossier de soins partagé ?

Non. Le Dossier de soins partagé est alimenté par des médecins autorisés à exercer au Luxembourg, et un document rédigé selon l'annexe de la directive d'exécution 2012/52/UE par un médecin exerçant dans un autre État membre n'y figure pas. Il n'est pas non plus enregistré dans le système national d'ordonnance électronique. Conservez donc le PDF et transmettez-le vous-même à votre médecin traitant si vous souhaitez qu'il en garde la trace.

Puis-je obtenir un somnifère ou un anxiolytique par cette voie ?

Non. Les stupéfiants et les psychotropes sont exclus de la reconnaissance transfrontalière par l'article 11, paragraphe 6, de la directive 2011/24/UE. Nous avons par ailleurs décidé de ne pas prescrire de benzodiazépines, d'hypnotiques de la classe des Z, d'opioïdes, de stimulants ni de gabapentinoïdes, parce que ces traitements demandent un suivi rapproché et un examen direct.

Que se passe-t-il si une mention obligatoire manque sur le document ?

C'est le premier motif d'arrêt au comptoir. Le pharmacien qui ne trouve pas les éléments attendus peut estimer que le contenu du document est douteux et refuser la délivrance. Vérifiez donc avant de vous déplacer que le document porte votre nom et votre prénom écrits en entier, votre date de naissance, la date d'établissement, l'identification complète du prescripteur avec sa signature, et la désignation du médicament par sa substance active avec la forme, la quantité, le dosage et le schéma posologique.

Le médicament sera-t-il pris en charge par la Caisse nationale de santé ?

C'est une question distincte de celle de la reconnaissance de l'ordonnance, et elle dépend des règles nationales et des listes applicables au Luxembourg. Nous n'engageons aucune démarche de remboursement auprès de la Caisse nationale de santé. Posez la question au pharmacien avant l'achat, ou consultez directement les informations publiées par la Caisse nationale de santé.